| QU’EST-CE QUE L’EPIPHANIE?
Dans l’Église d’Occident, l’Épiphanie est célébrée le deuxième dimanche qui suit Noël. En Orient, cette solennité est fêtée le 6 janvier. Quelle est l’origine de cette fête? Quelle est sa signification? Comment comprendre le récit de la visite des mages?
Après Noël, une autre fête se rapporte à la naissance du Christ: l’Épiphanie. Un joli mot, mais que veut-il dire, et d’où vient-il?
L’Épiphanie est un mot grec à l’origine, epiphaneia, qui veut dire « manifestation » ou « apparition ».
« L’Épiphanie, c’est la révélation de Dieu tout-puissant dans le bébé Jésus. »
La fête chrétienne de l’’Epiphanie prolonge effectivement la fête de Noël.L’Épiphanie est apparue vers le IIIe siècle, soit avant même la fête de Noël, qu’on a commencé à célébrer vers 325, à Rome.
Les deux fêtes, à l’origine, sont des célébrations païennes: à Rome, à Alexandrie, ou à d’autres endroits encore au Proche-Orient, on fêtait la victoire du soleil sur les ténèbres, autour du solstice d’hiver. La fête commençait le 22 décembre et durait 12 jours.La victoire de la vie sur la mort
Quand le christianisme a commencé à se répandre dans le bassin méditerranéen, on a repris la fête de l’Épiphanie pour en faire une fête chrétienne. Donc on a évangélisé cette fête païenne: au lieu de parler de la victoire du soleil sur les ténèbres, c’est devenu la victoire de la vie sur la mort. Avec la naissance de Jésus, c’est le nouveau soleil de l’humanité, qui vient apporter la véritable lumière de Dieu aux hommes qui étaient dans les ténèbres.
Noël et l’Épiphanie font donc partie du même cycle de la Nativité, et avec le temps on a distingué deux aspects:
– À Noël, on va célébrer la naissance de Jésus, le Verbe de Dieu fait chair,
– À l’Épiphanie, on célèbre la manifestation de ce mystère de l’Incarnation pour toutes les nations, ce qui est symbolisé par le récit des Rois Mages qui viennent rendre hommage à Jésus.
L’histoire des Rois Mages est-elle historique, ou est-ce plutôt un symbole?
Tous les récits qui concernent l’enfance de Jésus, dans les premiers chapitres de l’évangile de Luc, et dans l’évangile de Matthieu où on relate la visite des mages, ne sont sans doute pas des récits historiques au sens moderne du terme.
Mais la plupart des récits évangéliques ont un fond historique – même s’il est difficile à déterminer –, même s’ils ont une symbolique très forte. Parce que s’il n’y a plus aucun événement, il n’y a plus de symbole non plus.
Concernant la visite des mages, on n’est pas sûr du tout que l’événement ait réellement eu lieu.
Par contre, la symbolique de ce récit est très forte: des personnes d’autres cultures, d’un autre horizon religieux, viennent adorer Jésus. Le terme de « mages » renvoie à une autre culture religieuse que celle d’Israël.
Que sont ces mages? Sont-ils des magiciens?
Ce sont plutôt des astrologues, puisqu’on comprend que c’est en observant les cieux qu’ils ont vu apparaître une nouvelle étoile, qu’ils se sont mis à suivre. C’est très beau, parce que cela veut dire que des personnes d’une autre religion ont vu en Jésus le Verbe de Dieu qui s’est fait chair. Cela signifie que toute religion est appelée à s’accomplir dans l’accueil du Christ.
On parle couramment des « Rois Mages », mais l’évangile parle de mages, pas de rois. Cela dit, l’utilisation courante du mot « roi » à leur sujet renvoie au livre d’Isaïe, dans lequel il est écrit que « les nations marcheront à ta lumière et les rois à ta clarté naissante » (Is. 60,3).
Donc, on voit, ici encore, une image symbolique très forte: les mages, ce sont les nations païennes qui viennent reconnaître le Messie…
La prophétie de l’Ancien Testament se réalise donc avec la naissance de Jésus.
Les mages viennent-ils vraiment des quatre coins du monde?
On représente souvent les trois mages – Melchior, Gaspard et Balthasar – comme venant d’Occident, d’Orient et d’Afrique. D’après le texte de Matthieu, les trois mages viennent d’Orient, donc pas de tous les continents. Mais le fait que, dans la représentation populaire, on les représente comme venant de partout est à nouveau très significatif, et au fond très juste: ce sont bien toutes les nations qui sont appelées à accueillir la révélation de Dieu et de son Amour pour nous, en Jésus-Christ.
Dans l’histoire de l’Humanité, toute religion, toute spiritualité, toute philosophie, attend une forme d’accomplissement, et pour les chrétiens, c’est Jésus, le Fils de Dieu fait chair, qui vient apporter cet accomplissement.
Les mages sont venus avec des cadeaux: de l’or, de la myrrhe et de l’encens. Y a-t-il une symbolique liée à ces présents?
Oui, tout à fait.
L’or est un cadeau que l’on offre à un roi. Cela veut dire que les mages reconnaissent, en Jésus, le roi de l’univers.
L’encens, c’est ce que l’on donne à Dieu. C’est donc un symbole proprement religieux, notamment celui de la prière et de l’hommage qui monte vers la divinité.
Quant à la myrrhe, elle est utilisée pour embaumer quelqu’un qui est décédé. La symbolique ici, est que, dès sa naissance, on reconnaît déjà en Jésus celui qui donne sa vie pour nous, et qui va mourir sur la croix, par amour pour nous. Les mages honorent ce don à l’avance.Cela montre d’ailleurs que les Évangiles ont été écrits après la mort et la résurrection de Jésus: ceux qui les ont écrits connaissaient « la fin de l’histoire », si on peut dire. C’est donc à partir de la foi en la résurrection, à la lumière de cette résurrection qu’on peut comprendre le sens de Noël et de l’Épiphanie, et le mystère de l’Incarnation.
Noël, Épiphanie, Pâques, ont tendance à devenir des fêtes de plus en plus commerciales. Que faut-il en penser ?
N’est-on pas en train de perdre le sens de ces fêtes chrétiennes…de nos origines?
Ce phénomène est peut-être moins frappant pour Pâques – qui n’a pas vraiment d’équivalent « séculier » –, mais se vérifie particulièrement fort dans le cas de la fête de Noël. C’est un peu comme si, à certains égards, on en était revenus à la fête païenne des origines. Même si on ne fait évidement pas mention du « Sol invictus » (le « soleil invaincu », divinité qui vainc les ténèbres…c’est trop culturel…), Noël est re-devenu, pour beaucoup, la « fête de fin d’année »…les vacances d’hiver au lieu de vacances de Noël, avec une référence au moins implicite au solstice d’hiver, à la fin du mois de décembre.Du point de vue chrétien, on trouvera que c’est dommage de perdre le sens nouveau qu’a apporté le christianisme à cette fête. On peut le regretter, mais c’est dans la logique de la sécularisation. On ne peut empêcher les gens de fêter Noël en leur donnant le sens qui leur convient, et qui éventuellement n’est plus chrétien…
Les chrétiens n’ont plus le monopole de Noël…
Mais à côté de cela, nous, chrétiens, pouvons continuer à témoigner de cette naissance du Christ. D’ailleurs, l’enfant Jésus n’est pas totalement absent de la fête séculière non plus: en témoignent les crèches qui restent présentes un peu partout. Donc, ne balayons pas tout d’un revers de la main, de façon parfois un peu méprisante: « les gens ne connaissent plus rien au sens de cette fête »… Ce qui est encore présent est à recevoir positivement, et à évangéliser. Mais nous devons accepter que, aujourd’hui, les chrétiens n’aient plus le monopole de Noël, comme c’est aussi le cas d’autres réalités.
Un autre aspect est interpellant. On célèbre la naissance de Jésus dans une crèche, c’est-à-dire dans des conditions précaires parce que personne ne voulait accueillir Marie et Joseph… Cela nous rappelle aussi que nous sommes appelés à accueillir ceux qui sont particulièrement fragiles, comme les réfugiés, qui ne trouvent parfois pas de logement. Est-ce humainement acceptable de fêter Noël, avec tout cet aspect surtout consumériste et commercial, alors que des personnes dorment dans la rue ?Par ailleurs, il y a effectivement des gens qui les accueillent, même chez eux. Ce ne sont d’ailleurs pas toujours des chrétiens, mais leur geste revêt une signification toute particulière pendant le temps de Noël.
Article rédigé à partir d’un document du théologien Christophe HERINCKX
Jacques BREIL |